jeudi 26 avril 2012

Coup de coeur, coup de pouce

J'en ai déjà parlé ici, mais j'ai envie de donner un nouveau coup de projecteur sur les univers féériques de Papier Bavard. L'arrivée de nouveautés me fournit le parfait prétexte. Alors, Papier Bavard c'est avant tout des créations fabuleuses, des mondes à explorer et à raconter, un voyage imaginaire à la fois beau et ludique. Pour commencer à explorer cet horizon, trois jolies boites malines vous en ouvrent les portes. Dans la "boite à tout", vous suivrez les traces de la fée Mousse et de ses amies, aidées du sorcier escargot Lord Gaspord, face au fulminant dragon Dramaël. En plus de l'histoire, des découpages astucieusement pensés permettent de prolonger le conte en créant décor et personnages colorés. Le Conte de "Filgrin et la Fée Bleu" suit le même principe. Une belle histoire, des marionnettes de doigts à découper, des décors, des personnages et même un mobile à fabriquer. Enfin, dernière production, "Caprice" ajoute un CD à ce matériel. L'histoire y est compté d'une voix chaude qui évoque celle de tous les grands-pères du monde, de la musique et des chansons, dont un rock'n yaourt qui fait bouger les pieds, tout cela parfaitement réalisé. Alors, les boites Papier Bavard, c'est une invitation à lire, raconter, jouer et créer. Adultes et enfants y trouveront le même plaisir de donner vie ensemble à ces merveilleux univers. Des moments à partager, à vivre, à savourer. Une excellente recette, non ?

vendredi 30 mars 2012

C'est le printemps ?


Non, sérieusement ?

Bon, je sors enfin d'hibernation, dirait-on. Et je réalise que la poussière s'est bien accumulée entre temps sur ce blog. Il est temps de faire un peu de ménage. Aller, on retrousse les manches, c'est le printemps ! Si, si, c'est sûr.

Fini le gros souci technique m'ayant privé d'un accès internet pendant presque deux mois, achevés les textes qui nécessitaient de passer du temps dessus, engagés les prochains projets d'écriture, oubliés les longs moments de doutes et d'incertitudes, de tâtonnements avant de mettre les idées en forme pour s'y attaquer devant le clavier.

Bref, on remet les rouages en fonction et on relance la machine.
Et les projets ne manquent pas, les envies encore moins, le temps... disons que ça se trouve.

Le premier tome de la trilogie de Kath, romans fantastiques contemporains où j'explore ma vision du mythe des vampires à travers des complots et une histoire pluri millénaire, est finalisé (oui, même malgré mes habitudes de constantes réécritures). Donc, le manuscrit commence à circuler à la recherche de l'éditeur qui dira Banco !
Wait & see..

Fini également les scénarios pour le supplément de l'excellent jeu de rôle Guts de l'ami Jérôme "Brand" Larré. malgré certaines contraintes (écrire une campagne pour un jeu pas encore vraiment finalisé), cela aura été un vrai plaisir, en particulier d'avoir eu l'opportunité de travailler avec Laurent 'Bob Darko" Devernay et Benoit Attinost. Ces gars ont un talent fou.

Du coup, d'autres histoires, d'autres univers naissent dans mon cerveau fébrile (et oui, c'est le printemps) ou ressortent des tiroirs.

Encore quelques semaines de travail et je compte finir le premier tome de " Pim' & Pam' ", un roman pour la jeunesse (et oui, ma fille commence à lire de plus en plus). Ici, il est question de fées modernes, d'une royaume souterrain, d'enquête policière, de créatures fantastiques mais aussi de quelques sujets qui me tiennent toujours à coeur et qui pourront interpeller sans doute aussi les adultes (les relations entre les gens, l'environnement...)

Darklands (titre de travail) prend son temps, mais l'histoire mûrit en même temps que son univers, complexes. Ici, une envie, d'un univers de fantasy, centrée sur les complots, les enjeux politique, les conflits au sein d'une société bâtie sur cette loi : les plus forts dominent. Bien entendu, j'y développe aussi un récit d'aventures et de mystères, avec son lot de personnages aux projets secrets et antagonistes. J'en reparlerai bientôt, pour sans doute mettre à disposition l'encyclopédie de l'univers que je rédige en parallèle.

Egalement en cours : "la Faille", un roman de science fiction mâtinée de mythe de Cthulhu créé par H.P. Lovecraft. L'idée en était venue après une discussion avec Philippe Ward et je vois ce texte comme un hommage au maître de Providence, en plus de me faire plaisir à l'écrire.

D'autres choses, d'autres textes, d'autres univers... Au niveau jeu de rôle, un peu moins de disponibilité pour le moment sinon un projet intéressant avec Akae et un univers steampunk qui commence à prendre forme à travers nos idées et ses dessins. J'aime toujours autant travailler au sein d'une équipe de créateurs et si une opportunité enthousiasmante se présente, je reverrai peut être mes priorités.

Bien, un petit tour d'horizon pour remettre un peu les idées au clair; Des nouvelles bientôt.

En attendant, sortez et profitez du beau temps. C'est le printemps !

lundi 5 décembre 2011

Casus Belli n°1



Pardon ? Encore ?
Et oui, encore ! Voici donc le quatrième n°1 pour cette revue mythique connue de tous les rôlistes. Alors, je pourrai m'attarder sur toutes les raisons d'un nouveau démarrage, après la très prometteuse V3 concoctée par Stéphane Gallot et Tristan Blind (chapeau les gars !), mais non.
Tournons nous plutôt vers l'avenir. Ou plutôt penchons-nous sur cette nouvelle mouture.
Premier constat, les deux rêveurs sus-nommés sont toujours là et c'est tant mieux, mais on voit également revenir les grands anciens : Didier Guisérix en chef de rédaction, Croc, Tristan L'homme, Philippe Rat, content de vous retrouver !
Alors, Casus belli v4 c'est que du vieux pour les nostalgiques ?
Que nenni : un nouveau format de 256 pages (oui, oui : 256 !!!), une belle mise en page, des tonnes de news et d'articles, des aides de jeux, des scénarios, un jeu d'initiation complet... Bon, la liste est trop longue, pour le sommaire c'est par ici :
http://www.black-book-editions.fr/index.php?site_id=238
Rendez-vous donc compte par vous-même !
Et puis, puisqu'il faut en parler, pour 9,50€, un bimestriel aussi copieux, ça ne se boude pas. Un dernier argument pour vous convaincre ? Allez, c'est Noël, faites-vous offrir votre abonnement ;o) !
Quant à moi, je suis déjà convaincu, mais on n'oublie jamais c'est premières amours. Laissons lui juste le temps, et donnons lui les moyens, de tenir toutes ses promesses.
Bonne continuation !
Et merci !
Pour la foi et le rêve..

jeudi 29 septembre 2011

Dimension Super Héros !



Début 2012 va sortir aux Editions Rivière Blanche un recueil de nouvelles consacré aux super héros. Mais point de Spiderman ou autre Batman ici, non, les personnages mis en scène sont tous issus de notre bonne vieille France. Il s'agit des héros de l'univers Hexagon, peut-être moins connus, mais tout aussi intéressants. Pour en savoir plus à ce sujet, faites donc un tour sur le blog de Romain (Rom1) d'Huissier (le lien est juste à droite de l'écran)
Pourquoi est-ce que je vous parle de ça ? Il se trouve que j'ai participé à ce recueil et réalisé un texte sur le héros Kit Kappa, pratiquant d'arts martiaux et mystique. Et que cela a été une excellente expérience, je m'y suis beaucoup amusé, mais je soupçonne Romain de ne pas avoir choisi au hasard de me confier ce personnage ;o) .
De plus, le recueil regroupe la plume de pas mal de copains, de quoi passer un bon moment de lecture.
Un univers à découvrir.

mercredi 7 septembre 2011

un peu de lecture

J'en avais parlé il y a quelque temps. La nouvelle que j'avais écrite pour le site Vox Ludi, sur le thème "les grands mythes de la science-fiction réinventés", avait remporté la première place du concours. "Chant de mort" était donc disponible sur le site avec les autres textes proposés. Pour ceux qui n'ont pas fait la démarche de s'y rendre, voici donc l'intégralité de la nouvelle ici aussi.

Bonne lecture.

***

Chant de mort

J'ai mis exactement dix-sept heures et vingt-trois minutes à mourir.
Je ne pensais pas que cela serait aussi long.
Il aura fallu bien moins longtemps à ma coéquipière, le lieutenant-colonel Anna Skrepkanova. J'ai eu tout le temps d'observer son agonie. Son esprit s'est d'abord lentement effondré sous l'assaut du chant. Ensuite, son coeur a assez vite lâché. Bien que militaire, officier de valeur de la marine terrienne à ce que j'avais cru comprendre, elle n'était pas préparée à ça. Qui peut l'être d'ailleurs ? Je crois que je dois uniquement à mon expérience de psy-écho-éclaireur de classe IV d'avoir survécu quelques heures de plus. Nous sommes formés à faire face à des situations d'urgence et j'avais déjà croisé tellement de phénomènes étranges.
Mais rien de comparable à ce qui se cache dans le Triangle d'Ebron.

Les réserves d'énergie de notre capsule d'exploration THL se sont toutes vidées en même temps. J'ai aussitôt basculé ma combinaison en mode « survie » afin d'économiser la réserve d'air et sa pile bionerd. Dans un tel cas, l'essentiel consistée à garder son calme, malgré le froid et le sentiment d'étouffement, pour tenir jusqu'à l'arrivée d'hypothétiques secours. Même s'il était inutile d'attendre la moindre mission de sauvetage dans ce secteur maudit.

Je suis le sénéchal Claytus Van Hooert, et je suis l'un des meilleurs dans mon job. Un « ouvreur de voie » comme nous surnomme le grand public, friand des comptes-rendus d'exploits de ses héros de guerre dans les holo-news. Le corps des psy-écho-éclaireurs guide nos troupes à travers la terrifiante dimension-vide, vers le front, et découvre de nouvelles portions de territoire où porter le combat. L'espace inconnu est notre domaine. Mon domaine. C'est en partie pour cette raison que j'ai été choisi pour cette mission. Sans oublié que j'étais volontaire. Je voulais savoir, voir de mes propres yeux... et réussir là où tous avaient échoué.

Je connaissais bien Sam Darell, nous avions fait nos classes ensemble. Psy-écho-éclaireur de classe III, c'est lui qui découvrit, il y a quatorze ans, le secteur du Triangle d'Ebron et sa singularité spatiale. Hormis ce trou dans l'espace, une porte béante vers la dimension-vide, ce monde ne présentait aucun attrait. Aucune planète en orbite autour de ses trois soleils, aucune ressource à exploiter. Juste ce rythme lancinant que les écho-sensitifs perçoivent faiblement au coeur de la dimension-vide, mais amplifié ici, si présent que la sensation en devenait presque physique. Quelques vaisseaux scientifiques sous escorte furent envoyés sur place afin de constater le phénomène. Tous furent détruits dans leur approche de la « porte ». Darell mourut au cours de l'une de ces tentatives, la troisième je crois. Celles-ci furent alors jugées trop dangereuses et sans intérêt stratégique.
Un sujet d'étude pour la Guilde, peut-être, mais un endroit sans intérêt pour l'état-major, sûrement. Dossier classé, zone interdite.
Cependant, les troïens finirent également par découvrir ce passage plus calme à travers la nébuleuse d'Axis. Le front avait bougé. Le Triangle d'Ebron devenait un axe de progression envisageable. La flotte ennemie tentait de prendre nos lignes à revers, une manoeuvre que nos amiraux n'avaient pas anticipée. Un désastre en préparation.

Les troïens. Le premier contact avec cette race extra-terrestre, la seule avec laquelle nous partagions la galaxie, s'était révélé catastrophique. L'état-major unifié prétend toujours qu'il nous ont attaqué sans sommation. Quelques mille sept cents années après cet événement, il semblerait plutôt que tout ait débuté par un malentendu. Incapables de se comprendre, les deux groupes d'explorateurs se sentirent menacés. Qui a tiré le premier ? Nul ne le sait et peu importe. Aujourd'hui, si l'on excepte le consensus militaire mondial qui en a résulté, nous en payons toujours le prix fort.

Les flottes terriennes concentrées ailleurs, rien ne semblait pouvoir arrêter les armées ennemies. Mais la défaite annoncée, qui tint en haleine le public durant plusieurs jours, n'eut jamais lieu. Au cours de son retour dans l'espace normal, la flotte troïenne fut entièrement anéantie dans le secteur du Triangle d'Ebron. Comment ? Nous l'ignorions. Les fragments d'appels aux secours captés par nos vaisseaux laissaient juste deviner qu'une force inconnue avait frappé nos ennemis.

Depuis la fin du XXI° siècle, et le début de l'expansion, l'Humanité n'avait trouvé qu'un immense désert face à elle. Dans sa galaxie d'origine, pas une trace de vie autre que la sienne, pas une planète habitable sans d'importantes transformations de son écosystème. Rien. Même le plan courbe supra-spatial qui permet à nos vaisseau de transgresser la limite de la lumière se résume à un noir absolu. Une dimension-vide où les adeptes de la Guilde du PsY apprennent à se repérer. Dans les ténèbres absolues, l'écho psychique, étrangement musical aux oreilles des sensitifs, nous guide.

Nous ne savons pas vraiment comment les troïens se repèrent dans la dimension-vide. Les bribes d'informations dont dispose la Guilde semblent indiquer qu'ils se servent du son, ou du moins d'une forme d'infra-son qu'eux seuls se révèlent aptes à percevoir. Nos instruments les plus sophistiqués n'ont jamais pu mettre cette fréquence à jour. Nous autres, psy-écho-éclaireurs, nous référons au terme d'écho, qui désigne sans doute la même chose. Dans les deux cas, aucune machine ne parvient à enregistrer le phénomène. Comme s'il entrait uniquement en résonance avec la vie.

Cette similitude entre nos deux peuples n'est pas si surprenante. La civilisation des troïens s'avéra, dès le départ, assez semblable à la notre. Niveau technologique comparable, populations placées sous le joug de plusieurs chefs de clan, nécessité de découvrir de nouveaux horizons qui les poussait en avant. Si ce n'était l'hideuse apparence de ces humanoïdes à la peau écarlate, les humains auraient peut-être pu se reconnaître en eux. Car ils nous ressemblent jusque dans leur besoin de contrôler tout ce qui les entoure, et de détruire ce qu'ils ne peuvent contrôler. D'où cette guerre totale depuis presque deux mille ans.
Un conflit inepte et sans issue, entre deux rivaux dotés de la même puissance. Le statu quo paraissait devoir durer éternellement, prélevant chaque année son lot de chairs et de ressources, jetés dans la gueule avide d'une entreprise de destruction à l'échelle galactique. Jusqu'à l'année dernière et la disparition mystérieuse du navire amiral ennemi « Cryskx » et de sa flotte.

Lorsque notre capsule d'exploration fut propulsé à travers la dimension-vide, avec le lieutenant-colonel Skrepkanova aux commandes, nous étions déjà la quatrième expédition à tenter l'aventure. Les trois précédentes n'avaient plus donné signe de vie dès leur entrée dans le secteur. Leurs dernières transmissions ne transmettaient, au milieu d'un grésillement intense, qu'une singulière mélopée.
Quelle force ? Quelle terrible secret cachait ce lieu ne présentant pourtant rien de bien particulier ?
Voilà ce que l'état-major voulait à tout prix découvrir.
Voilà ce que l'on nous a demandé, à nous psy-écho-éclaireurs, de révéler au grand jour.
Cette arme que les médias appelaient déjà « le chant de mort » et qui pourrait nous assurer la victoire finale.
Nous sommes réapparus dans un énorme tas de débris. Les restes connus de cent trente-huit navires de guerre troïens et d'une vingtaine de vaisseaux terriens éparpillés sur toute la zone. Comme après chaque retour en espace normal, il fallait plusieurs minutes pour que les instruments de bord retrouvent leur fonctionnalité. Nous avons donc fait nos premières observations à vue.

Les trois soleils nains brillaient d'une lueur pâle sur notre gauche, trop loin pour que leur attraction ne menace de nous satelliser. Le pilote de l'armée terrienne avait parfaitement réussi sa manoeuvre de bond. À travers l'autre hublot, un spectacle étonnant nous attendait. Le champs de débris tournoyait en une spirale parfaite. Toutefois, en son centre, le cercle noir de la singularité pulsait faiblement, comme un coeur qui bat, et animait l'ensemble d'un mouvement lent et saccadé. L'énergie recommençant à alimenter notre vaisseau, les écrans se rallumaient un à un. C'est alors que je les entendit.

Des voix. Une multitude de voix.
J'ai d'abord cru qu'elles résonnaient dans ma tête. Comme l'écho apparaissant à chaque plongeon dans la dimension-vide, au bord de la conscience, presque imperceptible.
Puis je réalisais que ma coéquipière les percevait également.
- Qu'est-ce que c'est ? Hurla-t-elle. Qu'est-ce qui fait ce bruit ?
Elle commençait à paniquer. Les mains pressées contre son casque intégral, dans une tentative dérisoire de se boucher les oreilles, Anna Skrepkanova se mit à trembler comme une feuille. Le chant s'intensifiait, devenait plus musical. Une mélodie sombre et sinistre, envoûtante. Je n'avais jamais rien entendu d'aussi beau.
- Arrêtez ça ! Faites sortir ce son de ma tête !
L'officier de la marine militaire terrienne s'agitait inutilement, sanglée dans son siège. Les instruments s'affolèrent un bref instant puis cessèrent tous de fonctionner. En quelques secondes, la capsule se vida de son énergie. Le froid mortel de l'espace s'empara du petit vaisseau, du givre se formait déjà à la surface des hublots. Nous dérivions lentement, pris dans la pointe de la spirale la plus extérieure des débris.
Le choeur enfla encore, de nouvelles voix paraissant se mêler aux premières. Un chant funèbre et mélancolique, sans espoir. Anna se débattit plus d'une heure contre sa folie avant de lâcher prise. J'ignore ce qu'elle entendait, ce qui a pu l'effrayer à ce point. Comme elle permet de se diriger dans les ténèbres mortelles, je suppose que la sensibilité écho donne une autre perception du chant. Impression fugace de se sentir happé. Sentiment étrange de retrouver un chemin perdu, de rentrer chez soi.
La mélopée semblait émaner de partout à la fois, même de l'intérieur de mon corps. Je sais maintenant qu'elle provient de la porte noire. Ils sont venus me chercher.

Le lieutenant-colonel Anna Skrepkanova était déjà morte depuis longtemps lorsqu'ils apparurent. Filaments de lumière émergeant du puits dimensionnel, spectres translucides entonnant d'une même voix la mélodie lugubre pour nous guider – nous attirer ? - jusqu'à eux.

Déjà l'air venait à manquer. Je sentais la morsure du gel engourdir mes doigts. La capsule plongeait doucement vers le coeur de la spirale, je la sentais se disloquer petit à petit autour de moi. Le gouffre m'aspirait, les fantômes lumineux m'encerclaient, répétant ad-libitum leur chant mortuaire et hypnotique. Mon esprit avait dès le départ renoncé à la lutte. Je devais comprendre.
Des visages sans substance se collèrent aux hublots, yeux vides, bouches grandes ouvertes dans un cri de supplication. L'écho qui vibrait en moi depuis le début augmenta encore en intensité. Ma conscience se déchira tel un voile frappé de plein fouet par le sabre de la révélation.
Le vaisseau tournoyait aux abords de la dimension-vide, mais cette fois, nul brouillard inconnu n'obscurcissait mes perceptions.

Alors, je sus. Cet espace sacré que nous avions violé sans le reconnaître, cette route tracée dans un monde qui ne nous appartenait pas, et ne nous appartiendrait jamais, me fut révélé dans toute sa réalité. Elles étaient toutes là, à portée de ma pensée mais impalpables. Le sens écho n'est que le pouvoir discret d'entendre leur souffrance, de se laisser ramener hors de leur territoire. Pour nous protéger. Nous éloigner.
Toutes les âmes défuntes, humaines et troïennes entremêlées dans l'au-delà. Identiques. Ils sont nous et nous sommes eux. Nul dieu en cet univers sombre, juste le cycle infini des réincarnations. Un immense et unique réservoir d'âmes en attente de retrouver la vie. Qui terrien, qui troïen. Un concert de lamentations pour ceux appelés à massacrer leurs propres frères. Comme un immense cri psychique se répercutant à l'infini dans la galaxie afin d'ouvrir nos yeux aveugles. Un unique royaume où la vie puise une âme pour chaque naissance. Chaque renaissance. Nous luttons contre nous-même, assurant dans une orgie de violence l'extinction de toute forme de pensée consciente.
Je voyais enfin cet endroit pour ce qu'il est. Non pas un domaine de ténèbres, mais un royaume d'énergies et de lumière auxquels nos sens sont définitivement aveugles. Mais je devinais aussi les immenses sillons de néant qui le fracturent, les larges cicatrices béantes. Chaque bond dans la dimension-vide, chaque voyage à travers ce monde leur arrache un hurlement, efface une myriade d'âmes sur son tracé et les retire du cycle.
Quelle arrogance ! Notre technologie avait mené au bord de la destruction nos mondes, nos modes de vie et jusqu'à deux civilisations. Au prix de tous ceux qui furent et qui seront.

J'entendais leur chant de mort. Les ouvreuses de voie. Elles furent choisies afin de trouver le messager qui portera l'avertissement. Sirènes macabres, leur requiem fouille les esprits à la recherche d'un écho compatible. Elles échangent le trépas de quelques-uns contre la survie de toutes les âmes restantes. Seul un psy-écho-éclaireur pouvait faire l'affaire. Me voilà devenu médium d'une des plus grande découverte jamais réalisée par l'Humanité. À travers moi, transitera le sens réel de nos actes.

Mon coeur ralentissait déjà. Plus que quelques battements à venir. Je réalisais alors que ma main gauche était toujours posée sur le panneau de commande. Celui qui éjecte les piles à combustion du vaisseau. J'avais entendu leur chant, et j'y avais répondu.

Je passais de l'autre côté.
Je me souviens.
Je sais désormais.

Le corps meurt. L'esprit s'éteint. Dans un dernier soubresaut, je pousse un hurlement psychique. Je le sens exploser autour de moi, envahir la dimension-vide, gonfler, accélérer, jaillir en direction de chaque point de la galaxie.
D'ici quelques jours, chaque écho-sensitif, humain ou troïen, sera atteint. Ils relaieront alors le message, mon histoire.

L'histoire de la vanité de deux peuples qui, au-delà de se livrer une guerre sans raison, se vouaient elles-mêmes à disparaître.

Je flotte maintenant parmi les miens, ma conscience se fond peu à peu dans la multitude. Le cri est déjà loin, mais je perçois, comme toutes les autres âmes de la dimension-vide, son écho infini. Le chant s'élève autour de moi. Je le connais. Je le reprends instinctivement et me joins au choeur.

Dans un jour, dans mille ans, je veux vivre à nouveau.

Pourvu qu'ils entendent. Pourvu qu'ils entendent...

***

mercredi 31 août 2011

Sombre... brrrrr



Sombre... Voilà déjà pas mal de temps que l'on voit Johan Scipion, pour ceux qui ne s'en doute pas : l'auteur de Sombre, se promener sur les salons avec un exemplaire de travail sous le bras, proposant partie de tests et discussions sur ce projet. Et bien, cela devait finir par arriver. Sombre est là !
Ok, me direz-vous, mais qu'est-ce que c'est ?
J'y viens : Sombre est un système de jeu de rôle destiné à mettre en scène des scénarios d'horreur, tels ces films allant du thriller au gore qui cherchent à nous arracher des cris de frayeur. L'épouvante, l'horreur, "la peur comme au cinéma" dixit le credo du jeu...
Cela faisait donc un moment que Johan m'avait parlé de Sombre, j'avais eu l'occasion de lire quelques versions Béta et j'étais impatient de découvrir le résultat final. Dès l'annonce de la parution du jeu, j'ai donc commandé un exemplaire, autant pour soutenir le travail de Johan que par désir de lire Sombre. Ce qui fut fait dans la soirée, dès réception. Alors, le bilan ?
Inutile de vous faire languir plus longtemps : Pari gagné !
Un petit livret A5, 44 pages. C'est tout ? Oui, et cela suffit. Tout est là, pour un premier contact et jouer immédiatement. Jugez plutôt : un système de règle complet (j'y reviens), des personnalités (là dessus aussi) et un scénario complet, bien ficelé et flippant à souhait, avec des zombies. Un modèle du genre, soit dit en passant, mais je ne m'étendrai justement pas sur cette partie du livre pour ne pas déflorer trop de choses.
Les règles donc : concises, simples à prendre en main, intuitives, très courtes (une dizaines de page). Et pourtant elles réussissent parfaitement à rendre l'ambiance des films et des histoires d'horreur. A base d'un seul D20 et d'un d6, je n'ai aucun doute sur leur efficacité (de plus, vu le nombre de tests qu'elles ont subis...). Deux jauges : Esprit et Corps qui baissent inexorablement, voilà de quoi entretenir la tension chez le joueur. Le principe de l'adrénaline, excellent, permet au personnage, quel que soit son état mental ou physique de se dépasser... astucieux et une fois encore bien dans l'ambiance.
Aucun souci de ce côté là, Sombre fonctionne.
Mais ce sont les Personnalités qui font la plus grande trouvaille et force du jeu. En effet, le joueur choisit à la création de son alter ego un "profil psychologique". Celui-ci se décompose en trois stades symbolisant la lente perte de contrôle du personnage face à l'horreur. Un exemple : une personnalité "méthodique" deviendra peu à peu "maniaque" puis "obsessionnelle". Une autre "nerveuse" deviendra "agitée" puis "frénétique" au fur et à mesure que la folie la gagne.
Ces informations résumées sur trois cartes donnent aux joueurs les clefs pour interpréter son rôle au mieux et mettre en scène sa vision déliquescente de la situation. juste Brillant !

Voilà, j'espère que mon enthousiasme va vous donner envie de découvrir Sombre. Ce serait de toute façon dommage de rater ce jeu.
D'autres arguments ?
Ok : pour 7€ (minimum) vous avez un jeu de rôle complet, parfaitement adapté à mettre en scène des histoires d'horreur, immédiatement jouable grâce à son scénario inclus.
Sur la couverture, vous pouvez lire "n°1". Fort du succès obtenu, un n°2 et donc prévu qui devrait aborder un univers qui me fait rêver depuis longtemps : Extinction (et si les grands anciens avaient gagné et que Cthulhu se soit réveillé de son long sommeil ?); Et d'autres encore...
parce que Johan Scipion est un gars sympa et que son travail mérite vraiment d'être connu. Parce que vous trouverez des idées exploitables por vos propres jeux d'horreur.
Toujours pas convaincus ? Bon, allez donc faire un tour sur Terres étranges, le site de Sombre, l'ami Johan en parle mieux que moi... et profitez-en pour commander votre exemplaire.
parce que, comme le dit l'auteur du jeu (ou son avatar) : Sombre c'est bon ! Mangez-en !

Bravo Johan ! Tu as réussi !

lundi 1 août 2011

Chant de Mort



Il s'agit donc du titre d'une nouvelle que j'ai écrite récemment, dans le cadre du concours du site VOX LUDI. Le thème en était "les grands mythes de la science-fiction revisités".
Il semblerait qu'elle ne devait pas être trop mal puisque "Chant de Mort" est lauréate de cette (amicale) compétition.
Et d'une, ça fait toujours plaisir de voir son travail apprécié, et de deux pour une première participation à ce genre d'événement, j'avoue que je ne suis pas mécontent de ce résultat ;)

Pour l'anecdote, j'ai failli renoncer à concourir, ne trouvant pas l'inspiration. Celle-ci est venue subitement, et très tardivement, en faisant tout autre chose. Comme quoi...
Du coup, "Chant de Mort" a été écrit en une seule journée (mais ce n'est pas très long, j'associe nouvelle avec texte court), corrigé le lendemain et envoyé dans la foulée.
Comment ? Une seule correction ?
BOn, ok, corrigée plusieurs fois dans la journée (et même relu par ma "dream team of correctionS"). On ne se refait pas.

Les textes du concours, dont "Chant de Mort", sont disponibles ICI, en attendant une publication sur le net (sur ce blog ou ailleurs).

Maintenant, je suis aussi preneur de vos retours et commentaires, pour ceux qui auront l'envie et le temps de lire cette nouvelle.

kenavo
kristoff (tout guilleret)